PRESENTATION SUR LA SITUATION DES DROITS DES AUTOCHTONES AU BURUNDI, RWANDA ET CAMEROUN à la 37ième Session de la Commission Africaine tenue à Banjul du 27 avril au 11 mai 2005

 

(Par Forest Peoples Programme)

 

 

Madame la Présidente de la Commission Africaine des droits de l’Homme et des Peuples, Honorables Commissaires, distingués invités, Mesdames et Messieurs, l’ONG Forest Peoples Programme voudrait ici remercier la Commission Africaine pour son statut d’Observateur obtenu au cours de cette session.

 

Permettez-nous également de saluer les récents efforts de la Commission Africaine sur les droits des peuples autochtones d’Afrique. Nous faisons ici allusion à l’adoption du Rapport du Groupe de Travail sur les populations/communautés autochtones. 

 

Madame la Présidente, faute d’une description détaillée de l’actuelle situation des droits de l’homme des peuples autochtones du Burundi, du Rwanda, et du Cameroun, nous nous limiterons à quelques illustrations.

 

Le Burundi est un pays d’environ 8 millions d’habitants, subdivisés en trois principaux groupes ethniques à savoir les Hutu (environ 84%) les Tutsi (environ 15 %,), et les Batwa (environ 1%). Les Batwa du Burundi souffrent très particulièrement des spoliations des terres de la part de leurs concitoyens non-Batwa et parfois de certains représentant de l’autorité publique.

 

Cette situation est le résultat des préjugés, stéréotypes négatifs et mépris dont les Batwa continuent de souffrir dans ce pays. Parmi les derniers cas figure un incident grave de septembre 2004 au cours duquel plus de 50 maisons des Batwa avaient été brûlées par des militaires sous ordre du gouverneur de la province de Kirundo. Aucune mesure n’a jusque là été prise par le gouvernement sur ce cas en dépit des efforts de la société civile locale.

 

Il y a également lieu de citer au Burundi le cas d’une communauté des Batwa constituée d’environ 12 ménages ou familles, soit plus ou moins 60 personnes, du village Mirombero dans la commune de  Murwi en Province de Cibitoke. Le 22 mars 2005, cette communauté autochtone avait été attaquée par ses voisins à cause des problèmes fonciers.

A la suite de cet incident, six personnes Batwa sont blessées, trois de leurs maisons sont brûlées et le reste de toute la communauté est contrainte de prendre refuge dans la cours d’un centre de santé  située à plusieurs 20km de leur village. Quand les représentants de ces derniers sont allés porter plainte, ils se sont vus vite arrêtés et emprisonnés par le procureur de la république de cette province de Cibitoke. 

 

Certaines sections de la communauté Batwa du Burundi continuent de souffrir la pratique de servitude. Cette pratique coutumière qui a été abolie le 26 Novembre en 1976 par la deuxième république sur les Hutu et les Tutsi mais qui pèse toujours lourds sur les têtes des Batwa, consiste pour un Twa ou toute une famille Twa d’être liée à un individu ou une famille Hutu ou Tutsi pour qui il ou elle travaille sans paiement. Les familles maîtresses parlent des personnes sous servitude en termes de ‘mes Batwa ou Twa’ comme si ces derniers étaient des biens susceptibles d’appropriation.

 

Enfin une vague des Batwa du Burundi continue de se réfugier au Rwanda voisin en fuite des persécutions de tout genre. Le dernier cas remonte de mars 2005, moment au cours duquel  des Batwa avaient été traumatisés par d’autres burundais appartenant à des partis politiques, qui accusent les membres de la communauté Batwa à ne pas voter en leur faveur alors que le vote était secret.

 

Madame la Présidente, au Rwanda la situation continue de nécessiter une urgente attention de votre part. Vous vous rappelez sans nul doute de l’incident survenu lors de l’examen du rapport périodique du Rwanda et la discussion du rapport alternatif produit par l’ONG autochtone CAURWA lors de la 36ième Session à Dakar.

 

Depuis lors, l’ONG reste sous la mesure de suspension et ses représentants, dont certains étaient nommément cités dans les réponses du gouvernement Rwandais, vivent presque en clandestinité, sans mentionner le gel des fonds par les bailleurs dont souffre cette organisation à la suite de ladite lettre de suspension.

 

Permettez-nous par ailleurs de souligner que la Commission Africaine nous avez rassuré d’intervenir dans ce cas précis, qui pourrait se constituer en précédent préjudiciable pour toute la cause des droits des autochtones en Afrique.

 

Madame la Présidente,  au Cameroun  les peuples et communautés autochtones souffrent essentiellement de la non reconnaissance de leurs droits fonciers et de la destruction de leurs territoires culturels par l’exploitation forestière et la création d’aires protégés.

 

A titre purement illustratif, la communauté autochtone pasteur Mbororo du Nord-West fait actuellement face à une des grandes spoliations de terre par l’élite locale qui transforment leurs terres ancestrales en entreprises agro-pastrorales. Certains membres de cette communauté qui ont tenté de protester contre cette violation grave des droits de l’homme ont été arrêtés, torturés et détenus pendant des longues périodes.

 

Diverses ONG internationales ont produit des rapports et documentés le cas. Les Mbororo ne participent dans la gestion des affaires publiques camerounaises. Elle n’est représentée ni au Parlement, ni au gouvernement, encore moins dans divers services publics importants du pays.

Madame la Présidente, Honorables Commissaires, tous ce que nous venons de citer ci-haut mérite une attention particulière pour que ces populations jouissent pleinement de leurs droits.

 

Nous vous remercions de votre aimable attention.